lundi 28 mars 2011

Sujet d'étude STG la Chine

Sujet d’étude : la Chine
Un pays communiste qui s’est ouvert au marchés mondiaux
La Chine est communiste depuis 1949 : l’état possède et contrôle. Dans les années 80, après la mort de Mao Zedong, le nouveau dirigeant Deng Xiao Ping, tout en maintenant un régime politique communiste autoritaire a engagé des réformes économiques destinées à ouvrir la Chine au capitalisme mondial. Des FTN étrangères se sont installées sur les littoraux (dans les ZES) pour profiter d’une main-d’œuvre peu couteuse et disciplinée et d’avantages fiscaux intéressants. La Chine est devenue le 3° pôle commercial du monde (derrière Etats-Unis et Union Européenne). Sa façade maritime est la plus dynamique du monde : sur les 10 premiers ports mondiaux 6 sont chinois, dont le 1er, Shanghai.
Une superpuissance mondiale en devenir ?
La puissance chinoise présente 3 visages actuellement :
 une puissance économique fondée sur une croissance vertigineuse : + 9 % par an ! Cette puissance économique repose sur les biens de consommation courants (la Chine est « l’atelier du monde ») mais de plus en plus sur la haute-technologie comme le montre le vol en 2000 du 1er Taïkonaute. Cette puissance se mondialise : outre la Triade, la Chine étend sa puissance en Asie et en Afrique
 une puissance politique montante fondée sur la taille du pays (9,6 millions de km²), son poids
démographique (1,3 milliard d’habitants), sa puissance militaire (la Chine dispose de l’armeatomique) et sa présence forte à l’ONU
 une puissance culturelle naissante reposant sur les millions de chinois installés dans le monde (diaspora) avec 2 signes forts : le développement des instituts Confucius et les JO de Beijing en 2008.
Une Chine à plusieurs vitesses
La Chine littorale, interface avec le monde, est le cœur de cette puissance : peuplée, en plein développement, urbanisée… La Chine intermédiaire, plus agricole, commence à rattraper son retard avec des villes comme Wuhan. Par contre la Chine intérieure reste rurale et très en retard de développement : elle est un réservoir de main-d’œuvre pour les littoraux.
La Chine reste un pays du Tiers Monde par son niveau encore bas de développement, mais les inégalités sociales se creusent, surtout entre les citadins, plus riches, et les ruraux. Un exode rural massif draine des millions de paysans vers les villes dans lesquelles ils sont confronté à de très gros problèmes d’emploi, de logement et de misère.
La croissance chinoise est fragile car elle dépend beaucoup des ressources importées et elle génère une forte pollution. De plus les menaces de désordres sociaux sont élevées. Enfin la croissance de la population ayant été limitée grâce à la politique de l’enfant unique il risque de se poser un gros problème de vieillissement.
Notions et vocabulaire
ATELIER DU MONDE : cette expression désigne l’énorme importance des usines de montage et assemblage en Chine.
INSTITUT CONFUCIUS : centres culturels chinois à l’étranger.
POLITIQUE DE L’’ENFANT UNIQUE : lancée à la fin des années 70 cette politique impose au couple de n’avoir qu’un seul enfant, sous peines de sanctions (pour réduire la fécondité chinoise). Face à la grogne et aux dérives (par exemple on ne déclarait pas les petites filles) les autorités ont progressivement assoupli cette politique.
TAÏKONAUTE : navigateur chinois de l’espace (Europe = spationaute / EU = astronaute / russie = cosmonaute)
ZES : une Zone Economique Spéciale est un espace chinois disposant d’avantages fiscaux et administratifs afin d’en faire
une zone d’ouverture vers l’extérieur. Créées en 1980, il y en a actuellement 15 dont Shenzhen (vers Hong Kong) et Pudong (vers Shanghai).
MAO ZEDONG : dirigeant chinois qui fit de la Chine un pays communiste en 1949. Il meurt en 1976. Son successeur, DEND XIAO PING réforme la Chine. L’actuel dirigeant chinois est monsieur HU JINTAO.

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POLES ET AIRES DE PUISSANCE :

Les fractures du monde actuel
On peut distinguer 2 fractures mondiales : les différences de développement et l’intégration à la mondialisation.
Les fractures du développement
Le développement se mesure par la richesse (on utilise surtout le PIB par habitant) et par les conditions de vie que l’on apprécie par le niveau d’éducation, la santé, l’espérance de vie, l’accès à l’eau potable, l’alimentation, etc. Un indicateur de synthèse existe, c’est l’IDH, auquel on a ajouté depuis peu l’IPH.
Les inégalités de développement sont de 3 types
la fracture Nord / Sud existe toujours : l’expression « Tiers monde » est née en 1952 mais cette fracture est devenue plus
compliquée à cerner car les différences au sein du Nord et au sein du Sud se sont creusées ;
les inégalités sociales se creusent à l’intérieur des sociétés, qu’elles soient du Nord ou du Sud
 les inégalités régionales à l’intérieur même des pays se creusent également entre des espaces plus dynamiques, souvent des villes littorales, et des espaces en retard de développement, souvent des campagnes de l’intérieur
Les fractures acctuelles Consulter la carte 1 : les Nord et les Sud
Consulter la carte 2 : des espaces inégalement intégrés à la mondialisation
Les obstacles au développement
Les pays du Sud les plus en difficultés rencontrent des obstacles externes (hérités de la période coloniale souvent) puisqu’ils sont dépendants des pays riches pour leur commerce et ils sont très endettés et des obstacles internes : faiblesse de l’état (souvent corrompu), troubles politiques, pression démographique, maladies infectieuses et inégalités sociales.
Le défi du développement durable
Les pays, du Nord comme du Sud, ont un défi commun à relever, celui du développement durable : comment concilier la nécessité du développement économique tout en assurant l’équité sociale et en préservant l’environnement menacé par l’effet de serre, le réchauffement climatique, l’épuisement des énergies fossiles, ou la déforestation massive ? A Rio en 1992 se tient le 1er « sommet de la terre » l’idée du développement durable est lancée et des actions sont engagées (ex les Agenda 21). Mais sa mise en place est difficile car les priorités de certains états et des FTN s’opposent au DD (ex, les Etats-Unis ont refusé d’appliquer les décisions du protocole de Kyoto sur les émissions de gaz à effet de serre) et parce que les états du sud (comme
la Chine) considèrent que le DD est une entrave imposée par les pays riches à leur propre développement.
Notions et vocabulaire
AGENDA 211 : désigne les propositions faites lors du sommet de la terre à Rio en 1992 pour assurer le développement durable pour le XXI° siècle que les états, les régions, les collectivités doivent mettre en œuvre progressivement.
DEVELOPPEMENT : désigne une situation dans laquelle la qualité de vie d’une société est satisfaisante : richesse suffisante, activités économiques diversifiées et bonnes conditions de vie.
DEVELOPPEMENT DURABLE : notion qui s’est développée à partir du « sommet de la Terre » de Rio en 1992 : l’idée est que le développement d’aujourd’hui ne doit pas compromettre le développement futur. Pour cela il faut prendre en compte les nécessités économiques mais également tenir compte du bien être des sociétés et des fragilités de l’environnement.
IDH : indicateur de développement humain, créé par l’ONU en 1990, il est calculé à partir du PIB/ht, de l’espérance de vie et du niveau d’éducation (on prend le taux d’alphabétisation et la durée des études). L’IDH s’étend entre 0 et 1 avec 3 seuils : moins de 0.5 signifie un important retard de développement ; entre 0.5 et 0.85 en développement incomplet ; au
dessus de 0.85 un développement satisfaisant. Mais attention, l’IDH est une moyenne !
IPH : indicateur de pauvreté humaine qui mesure le degré de pauvreté dans les pays ; l’indicateur est calculé différemment pour les pays riches et les pays pauvres.
PAYS LES MOINS AVANCES (PMA): ensemble d'une cinquantaine de pays reconnu par l'ONU : ils présentent les aspects les plus avancés du sous-développement : pauvreté, instabilité politique, retards sociaux énormes, sous-équipement. Ils sont à l'écart de la mondialisation et semblent complètement oubliés.
PIB: produit intérieur brut, total des richesses produites sur un territoire. On divise cette richesse par le nombre d’habitants pour obtenir le PIB/HT. Souvent on essaye de tenir compte du taux de change entre les monnaies par la PPA (parité du pouvoir d’achat). On utilise également le RNB (revenu national brut : au PIB on ajoute les entrées et sorties de
capitaux – nouveau nom du PNB).
PROTOCOLE DE KYOTO : ce document (1997) engage les signataires à réduire les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2012. Les grandes puissances devront réduire ces émissions d’environ 6%. Les Etats-Unis n’ont pas signé.
TIERS MONDE: expression créée par le français Alfred Sauvy en 1952 pour désigner les pays les plus pauvres du monde, nés, pour la plupart de la décolonisation. Il faisait allusion au Tiers Etat français pour caractériser un ensemble de pays très peuplés mais pauvres et sans pouvoir face aux 2 autres mondes, capitaliste et communiste. Aujourd'hui cette expression n'est plus guère employée car la situation est devenue beaucoup plus complexe.

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POLES ET AIRES DE PUISSANCE : synthèse

Les espaces de la puissance
3 aires de puissance dominent la planète et à
l’intérieur de ces 3 aires on distingue des centres
d’impulsion mondiaux (CIM) à l’influence immense.
La Triade
La puissance et la richesse sont concentrés dans
les 3 pôles de la Triade (75 % du PIB mondial,
du commerce et des IDE) :
 Les Etats-Unis sont l’hyperpuissance
mondiale ; le Mexique et le Canada lui sont
associés par l’ALENA
 L’Union Européenne est une puissance
avant tout économique et financière, mais
l’absence d’unité politique empêche son
rayonnement mondial.
 Le Japon domine l’aire de l’Asie Orientale
constituée de puissances émergentes
(Chine, Corée du Sud, Taiwan, Singapour).
C’est une aire de puissance économique
avant tout.
Les centres d’impulsion mondiaux
Les très grandes métropoles (CIM) commandent le monde. A l’échelle planétaire elles ont des liens étroits entre elles (elles fonctionnent en réseau et sont des interfaces)
 on parle de l’AMM. New York, Tokyo, Paris, Londres et Francfort sont des villes mondiales ;
viennent ensuite d’autres grandes métropoles, dans la Triade (Los Angeles, Milan, Osaka, etc.) mais également dans les pays émergents du Sud (Shanghai, Hong Kong, etc.)
Les villes mondiales, associées à d’autres métropoles proches, forment 3 mégalopoles :
 La Mégalopole Nord-américaine s’étend sur 800 Km de Boston à Washington : elle est la plus puissante du monde
 La Mégalopole Européenne (la dorsale) s’étend de Londres à Milan, sur 8 états et concentre la ½ de la richesse de l’UE
 La Mégalopole japonaise (le Tokaido) s’étend sur le littoral sud de l’archipel nippon
Ces Mégalopoles sont ouvertes au monde par des interfaces maritimes.
Notions et vocabulaire
AIRE DE PUISSANCE : espace géographique qui exerce une influence sur l’organisation du monde. On distingue la puissance économique, géopolitique, territoriale et culturelle. Seuls les Etats-Unis ont, à un degré élevé ces 4 attributs et exercent cette puissance sur la planète entière (on parle de SUPERPUISSANCE, voire d’ HYPERPUISSANCE .
ARCHIPEL METROPOLITAIN MONDIAL : les puissantes métropoles de la planète sont reliées entre elles par des flux multiples et variés : on les compare à des îles éloignées mais appartenant au même archipel (= ensemble d’îles).
CENTRE D’IMPULSION MONDIAL (CIM): très grande métropole qui exerce une influence à l’échelle mondiale car elle concentre des pouvoirs de décision (sièges sociaux d’entreprises et grandes institutions), une puissance financière (bourses), des capacités d’innovation (universités, centres de recherche) et des flux très nombreux (nœuds de communication).
INTERFACE : zone de contact entre 2 espaces différents, lien parfois de tensions mais surtout d’échange.
MEGALOPOLE : ensemble de métropoles et de villes étiré sur des centaines de km. Des liens étroits les unissent entre elles par le biais de puissants réseaux de communication.
METROPOLE : grande ville ayant d’importantes fonctions économiques, financières, d’innovation et de commandement. Elles rayonnent sur un territoire plus ou moins vaste (les plus puissantes ont un rayonnement mondial : on les appelle CIM). Si leur population dépasse 10 millions d’habitants on parle de MEGAPOLE.
POLE : lieu qui concentre des activités diversifiées et qui, en étant au cœur d’un réseau de communication, influence et organise l’espace qui l’entoure à l’échelle locale, régionale, nationale voire mondiale.
TRIADE : regroupement des 3 ensembles les plus riches et puissants de la planète : Etats-Unis, Union Européenne, Japon. On parle parfois d’OLIGOPOLE MONDIAL.

mardi 22 février 2011

les républiques indépendantes en 1991

Le jour où les régimes claniques ont pris le dessus

En 1991, dédaignés par l'Europe, négligés par la Russie, les républiques soviétiques du Kazakhstan, du Kirghizstan, de l'Ouzbékistan, du Tadjikistan et du Turkménistan ont créé de nouveaux Etats pratiquement ex-nihilo.

14.02.2011 | Salla Nazarenko | Oasis

Au début de cette année, en ouvrant le Helsingin Sanomat, le plus grand quotidien de Finlande, je suis tombée sur une photo saisissante, celle d'un énorme char soviétique sous les chenilles duquel apparaissait une paire de jambes. Accompagnait cette image une interview de deux Lituaniennes qui avaient survécu par miracle à l'entrée des chars soviétiques dans Vilnius, en 1991. Cette histoire a littéralement été celle d'une survie physique, celle de la construction d'un pays petit mais uni - la Lituanie - de son adhésion à l'Union européenne et aux structures européennes en tant que membre à part entière. La Lituanie reste pauvre et vulnérable, mais pour elle comme pour les deux autres pays Baltes, l'indépendance a été un tournant décisif. Elle semble désormais installée pour toujours, et malgré tout, malgré les aléas du cours de l'euro et les humiliations que lui impose l'Europe, la Lituanie se sent beaucoup mieux que du temps où elle faisait partie de l'Union soviétique. Sur place, aucune nostalgie.

En Asie centrale, la question de l'indépendance ne se pose pas de la même manière. Là, ce qu'on peut se demander c'est si les choses se sont améliorées durant les deux décennies écoulées. Les dernières années du pouvoir soviétique ont été accompagnées d'un tel chaos qu'aucune personne normalement constituée ne saurait les regretter. Le système soviétique, même si certains disent le contraire, était condamné à s'effondrer un jour ou l'autre. Cela s'est produit plus tôt que ce que beaucoup pensaient, et avec beaucoup plus de fracas que l'avaient envisagé les experts les plus pessimistes. L'onde de choc de cet éclatement a rendu indépendants tous les pays d'Asie centrale [Kazakhstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan, Kirghizstan], sans que ceux-ci aient eu à se battre pour l'arracher ou aient connu un nationalisme organisé. Sur place, il n'y avait que le désir de l'intelligentsia de se sentir plus libre, et voilà que soudain, ces "stans" [pays] obtenaient ce qu'ils n'auraient jamais pu espérer, l'indépendance.

Depuis, en l'espace de vingt ans, les pays d'Asie centrale ont remplacé l'ancien système par leurs propres régimes, claniques, corrompus et opaques. Le Kirghizstan est le seul où élections et émeutes populaires répétées ont joué un certain rôle dans la vie politique. Ailleurs, tout se déroule en coulisse, par le biais de liens d'amitié, de corruption et de relations familiales. La justification tacite de cet état de fait est la suivante :"Gardons les anciens dirigeant qui ont déjà volé tant et plus, un nouveau pouvoir pourrait être pire". Aujourd'hui, après toutes ces années, il est facile de dire que l'Asie centrale aurait eu besoin qu'on lui accorde plus d'aide et d'attention au début des années 1990. Mais à cette époque, l'Europe et les Etats-Unis considéraient comme primordial de régler la situation d'une Yougoslavie en train d'imploser. L'ex-URSS était alors vue comme un trou noir, une vaste pagaille dont c'était à la Russie de s'occuper. Or, en 1991, elle n'en avait pas la capacité. C'est ainsi que les pays d'Asie centrale ont eu une opportunité en or, une chance de bâtir ex nihilo des Etats indépendants. Ils ont à la fois brillamment réussi et échoué.

Visiter Astana [la nouvelle capitale du Kazakhstan] constitue un vrai choc. Mais toute cette pompe ne permet pas de dissiper un sentiment de malaise. On se retrouve dans une sorte de Manhattan posée au milieu des steppes, et où les prix sont exorbitants. C'est une ville pour privilégiés. Le Kazakhstan est devenu une source de gêne pour l'Occident. En 2007, lorsque j'ai émis des réserves sur le fait qu'il prenne [pour une année] la tête de l'OSCE [ce qui s'est produit en 2010], les spécialistes m'ont rétorqué qu'il fallait essayer de lui donner une chance. On a prétendu que la présidence de l'OSCE inciterait les Kazakhs à entreprendre des réformes démocratiques. On a vu le résultat. Nazarbaev et son entourage ne semblent pas avoir la moindre intention de réformer le pays.

Cette arrogance n'a rien de surprenant. Parler de démocratie tout en annihilant cette même démocratie ne pose aucun problème à Nazarbaev. De ce point de vue, Islam Karimov, le président de l'Ouzbékistan et Gourbangouly Berdymoukhammedov, le président du Turkménistan, sont beaucoup plus francs. Ils gardent leurs pays fermés et entretiennent des systèmes qui ne sont pas démocratiques, mais ne jouent pas au plus malin avec l'Occident, auquel ils vendent leurs hydrocarbures. Il faut dire que l'Occident, ou plus exactement les Etats-Unis, joue un rôle particulierdans la vie de ces deux pays. Le Turkménistan surtout occupe une place importante dans le soutien aux forces de coalition de l'OTAN qui font la guerre en Afghanistan.

Le Tadjikistan fait de gros efforts. A Douchanbé, la capitale, les bâtiments flambant neuf, les banques, les parcs, l'accès wi-fi disponible dans le square qui se trouve derrière l'Opéra impressionnent. Mais, comme à Astana, il s'agit d'un mirage dans le désert. Le PIB par habitant du Tadjikistan demeure l'un des plus faibles de la planète, et une énorme quantité de familles vivent grâce à l'argent que leur envoient des parents émigrés en Russie. L'armée de chômeurs restés au pays ne bénéficie pas des innombrables chantiers ni du développement du Tadjikistan.

Le Kirghizstan, malgré les réformes démocratiques qu'il a entreprises, ne saurait constituer un exemple de réussite. Déficit budgétaire record, réfugiés de la région d'Och livrés à eux-mêmes après les massacres de juin 2010, tout souligne l'incapacité totale de l'Etat.

Une partie des problèmes de l'Asie centrale réside dans une compréhension trop superficielle de l'idée de nation. Dans ces pays, "nation" ne signifie pas "unité". Les nomades n'étaient pas unis, ils se divisaient en clans rivaux, en lutte permanente pour l'espace et les ressources. Le pouvoir soviétique les a mis tous ensemble, les a mélangés avec des Russes et beaucoup d'autres peuples de toute l'URSS, puis a obligé tout ce monde à aller dans des bureaux faire semblant de travailler. L'indépendance a fait sauter les verrous, forçant les Russes à partir et les autochtones à deviner ce qu'était le nationalisme et à se demander s'il fallait l'instaurer. Ainsi, le Kazakhstan a décrété que le kazakh devait être la seule langue officielle du pays, alors que certains Kazakhs ne la parlaient même pas. Cette marginalisation est parfois appelée "discrimination positive", mais les résultats sont toujours négatifs.

Outre l'unité, une nation a besoin de solidarité. Or cela n'a rien de naturel. Il faut créer des institutions que les citoyens devront respecter. Cela commence par un système fiscal efficace, combiné à une bonne protection sociale. Il faut aussi imposer la primauté de la loi. Or rien de cela n'existe, et c'est bien là l'échec, que je qualifierais de phénoménal, de l'Asie centrale. Ces pays ont pourtant une longue tradition juridique. Il y a un millénaire, Samarkand et Khiva étaient des centres mondiaux des lois islamiques. Les vingt prochaines années n'apparaissent pas très réjouissantes pour l'Asie centrale, mais elles pourraient tout de même se révéler décisives. Il faudrait pour cela que ces pays se montrent capables de construire des relations d'affaires profitables avec leur voisin qui monte en puissance, la Chine, et que leurs dirigeants comprennent que la redistribution des richesses n'est pas seulement une question abstraite de "justice", c'est une nécessité vitale pour parvenir à la stabilité. Alors, quelque chose de bien pourrait se produire. Mais pour l'instant, c'est l'avidité qui l'a emporté, dans les cinq pays, sans exception

Un gouvernement pour quoi Faire?

Les Belges l’ont prouvé : un pays peut tranquillement continuer à exister sans exécutif, huit mois après les élections. Un gouvernement cantonné aux affaires courantes présente même de nombreux avantages, estime De Standaard.

De Standaard 17/02/2011Non seulement nous avons enfin réussi à devenir champions du monde dans une discipline mais, grâce au Premier ministre démissionnaire Yves Leterme et à son gouvernement en charge des affaires courantes, la Belgique parvient même à tirer profit de cette crise politique.

Le grand avantage d’un gouvernement dont les attributions sont limitées est la rigueur de la politique budgétaire dite des "douzièmes provisoires" : tant qu’un budget annnuel n’a pas été arrêté, les ministres ne reçoivent chaque mois qu’un douzième de l’enveloppe accordée l’année précédente. Dans la pratique, cela peut permettre de réaliser des économies, car les ministres ne sont pas autorisés à prendre de "nouvelles initiatives". L’interdiction d’agir en des temps de précarité budgétaire est ce qu’il peut arriver de mieux à ce pays.



Les ministres ont tout pris en main, avec beaucoup d'enthousiasme

Les administrations profitent elles aussi de la situation. Sur le plan de leur image par exemple. Car qui d’autre a maintenu le pays en état de marche ? Qui est resté fidèle au poste, garante du bon fonctionnement du système et de la continuité dans la prestation des services ? Justement, les fonctionnaires. Des personnes poussiéreuses et ennuyeuses ? Bien au contraire : les gardiens du pays et de la prospérité ! 

Les administrations sont même allées plus loin. Ces derniers mois, elles ont saisi l’occasion de faire d’urgence ce qu’il y avait à faire, mais qui avait dû attendre en raison de la priorité accordée à de petits projets politiques. Comme la mise au point des dossiers de retraites individuels électroniques.



Le gouvernement démissionnaire et le service public ont aussi marqué des points en présidant avec succès l’Union européenne [de juillet à décembre 2010]. Cela nous a permis de redorer notre blason sur la scène internationale, d’autant que les ministres fédéraux chargés des affaires courantes disposaient de tout le temps nécessaire. 

Préparer des commissions ? Rédiger des documents de travail ? Faire du lobbying ? Prévoir un bon buffet pour diverses réunions ? Les ministres ont tout pris en main. Et avec beaucoup d’enthousiasme. A tel point que, depuis, certains d’entre eux souffrent même d’une sorte de "dépression post-présidence".



Que faire si un diplomate vient en visite ?

Un gouvernement chargé des affaires courantes a cependant aussi des inconvénients. Et ils sont nombreux.

 Tout d’abord, la politique des nominations est totalement à l’arrêt. Toutes administrations confondues, il y a 300 promotions et nominations bloquées. Souvent, ces personnes doivent tout même faire le travail, sans être payées conformément à ce qu’on leur avait fait miroiter. Ensuite, des dizaines de postes à haute responsabilité sont libres. Si les trois patrons de la SNCB [les chemins de fer belges] avaient déjà été nommés, les trains arriveraient (peut-être) à l’heure aujourd’hui. Par ailleurs, la réforme de certaines administrations a été suspendue. Celle du Service public fédéral finances par exemple.

Les services publics souffrent également du mode "affaires courantes" : l’Intérieur espère ainsi qu’un grave incendie ne se déclenche pas, car les pompiers tentent depuis des années d'obtenir un meilleur statut. La ministre de l’Intérieur de l’époque était parvenue à un consensus sur cette question, mais le gouvernement est tombé quelques jours avant la signature. 


Du côté des Affaires étrangères enfin, on croise les doigts pour que le Sud-Soudan ne soit pas immédiatement reconnu comme un Etat souverain. Sachant qu’un gouvernement chargé des affaires courantes ne peut engager de relations diplomatiques, la reconnaissance de cet Etat pourrait s’avérer très embarrassante. Que faire, en effet, si un diplomate vient en visite ? Impossible de le recevoir, car cela reviendrait à une reconnaissance officielle. Faudra-t-il alors le laisser à la porte ?


Les entreprises chinoises en Pologne

La voie est libre pour les routes chinoises

2 décembre 2010 RESPEKT PRAGUE
© Matěj Stránský/Respekt

L’arrivée des entreprises chinoises a bouleversé le marché de la construction en Pologne et suscite l’intérêt du voisin tchèque. Leur secret : prix cassés, ponctualité et intégration de la main-d’œuvre locale... et soutien du gouvernement de Pékin.

L’air songeur, un groupe d’hommes sort en silence de la villa et s’engouffre dans la voiture qui les attend. Avant de claquer la portière, l’un d’entre eux lâche dans un anglais parfait : "Ce n’est pas possible. Vous devez téléphoner pour prendre rendez-vous". Puis, la voiture disparaît dans le dédale de rues d’un quartier résidentiel.

Sur la porte de la villa, il n’y a ni plaque, ni sonnette, mais tout indique que nous sommes à la bonne adresse. Selon le site officiel de COVEC (China Overseas Engeneering Group), c’est de cette maison située dans la banlieue de Varsovie qu’est aujourd’hui dirigée l’expansion — planifiée de longue date — de Pékin en Europe. Après avoir remporté l’appel d’offres pour la construction de l’autoroute A2 en Pologne, COVEC a fait savoir qu’elle était intéressée par des projets semblables dans d’autres pays européens, y compris en République tchèque.

"Nous ne savons pas grand-chose d’eux. Pour l’instant, ils ne sont pas encore très nombreux", affirme Martin Hadaj, porte-parole de la Direction générale polonaise des autoroutes, en haussant les épaules : "en fait, je ne peux même pas vous dire encore s’ils viendront, et dans le cas où ils venaient, combien ils seraient et s’ils apporteraient avec eux des machines". Et il ajoute, en dépliant sur une grande table des cartes multicolores de la Pologne : "Nous avons besoin de centaines de kilomètres de nouvelles routes et le temps nous est compté".

De 40 à 900 km d'autoroutes polonaises d'ici 2013

Si le temps presse, c’est parce que la Pologne est co-organisatrice, avec l’Ukraine, de la prochaine Coupe d’Europe de football, en 2012. Une occasion unique, pour ce pays de quarante millions d’habitants, de montrer au monde les immenses progrès qu’il a su accomplir au cours de ces dernières années. La Pologne fait partie des rares pays de l’Union européenne qui, avec la crise économique, n’ont connu ni récession ni déficit budgétaire important. Quant à la bourse de Varsovie, elle est devenue, après quelques hésitations des investisseurs, une des places financières d’Europe les plus recherchées pour sa stabilité.

Alors qu’au moment de son entrée dans l’Union européenne, la Pologne ne possédait environ que 40 km d’autoroutes, elle devrait, d’ici 2013, en compter 900. Le gouvernement polonais envisage par ailleurs de construire plus de 4 000 km de nouvelles autoroutes et voies rapides et de moderniser 2 000 km de tronçons déjà construits.

C’est dans ce contexte d’appels d’offres en série que COVEC est entrée en jeu, mi-2009. Il s’agit d’une des plus grandes entreprises asiatiques, un véritable moteur pour l’expansion du BTP chinois dans les pays voisins. "Son offre était de 40% en dessous des estimations, loin devant la concurrence", explique Martin Hadaj.

Un moyen d'échapper à la corruption endémique

Rien sur le chantier ne trahit la présence de COVEC, contrairement à ce que l’on peut voir aux alentours, où des drapeaux arborent les logos des entreprises : ici, les bulldozers jaunes sont bien polonais, tout comme les logos des sous-traitants. "Il n’y a aucun engin de chantier, ni aucun ouvrier chinois. Les habitants de la région avaient beaucoup de craintes à ce sujet", fait observer Pavel Osovski, un consultant de Varsovie qui collabore avec l’entreprise chinoise. Selon lui, les ingénieurs chinois ne viennent sur le site polonais que de temps en temps pour contrôler le travail.

Aujourd’hui, lorsque les experts polonais parlent de l’arrivée des Chinois sur le marché polonais, ils disent qu’elle a avant tout agi comme un catalyseur et qu’elle a accéléré le processus de réforme du système des appels d’offres. "Avant, il n’y avait qu’une vingtaine d’acteurs sur le marché polonais du BTP. Ils sont aujourd’hui 200", affirme Martin Hadaj, tout en faisant valoir que, grâce à ce système, le coût de construction d’un kilomètre d’autoroute a baissé d’un tiers en quelques années.

La perspective de l’arrivée des entreprises de BTP chinoises sur le marché suscite des remous à Prague où la venue des Chinois est plutôt bien perçue au sein du monde politique. Vít Bárta, le ministre tchèque des Transports, estime par exemple que le cas polonais – même si les résultats sont encore loin d’être entièrement connus – peut être une source d’inspiration. L’appel à des entreprises chinoises offre en effet une chance d’échapper à la malédiction de la corruption endémique qui entoure la construction des autoroutes en République tchèque.

L’entrée des Chinois sur le marché du BTP comporte toutefois des risques. Les faibles prix pratiqués par les entreprises chinoises s’expliquent notamment par le soutien financier — et politique — qu’elles reçoivent de Pékin. Les autorités chinoises contrôlent en effet l’ensemble des entreprises du secteur et souhaitent étendre le plus possible leur expansion en Europe.

mardi 1 février 2011

L'Egypte aujourd'hui

http://cartoons.courrierinternational.com/galerie/2011/01/31/l-egypte-sur-la-voie-tunisienne

des dessins piquants à consulter d'urgence!

Plus d'un million de personnes ont manifesté en Egypte
Selon un bilan des forces de l'ordre, les rassemblements appelant au départ de Hosni Moubarak ont réuni au moins un million de personnes dans toute l'Egypte. Le président doit s'exprimer ce soir, dans un discours retransmis à la télévision. (AFP.)

L'Egypte, l'autre pays des centres d'appel

LEMONDE.FR | 28.01.11 | 17h47 • Mis à jour le 28.01.11 | 19h49

Conséquence du blocage quasi total d'Internet mis en place par l'Egypte dans la nuit de jeudi à vendredi, plusieurs entreprises importantes font face, vendredi, à d'importantes difficultés dans leurs services clients. L'Egypte accueille en effet de nombreux centres d'appel, injoignables depuis la coupure des moyens de communication, qui a mis leurs employés au chômage technique.

Ces dernières années, de nombreuses entreprises, notamment dans le secteur de l'informatique et des nouvelles technologies de la communication, ont en effet délocalisé ou sous-traité leurs centres d'appel en Egypte. Du point de vue des entreprises, le pays dispose de nombreux avantages : une population jeune et nombreuse, parlant à la fois arabe et anglais, des salaires bas, et des infrastructures techniques puissantes, grâce notamment à la présence dans le pays de plusieurs câbles à très hauts débits. Une étude de marché du département du commerce américain note également que le pays jouit d'une "stabilité politique"et que le "gouvernement soutient fortement le secteur (des centres d'appel)".

Plusieurs géants de l'informatique ont donc installé des centres d'appel dans le pays, notamment au Caire : Microsoft, Oracle, Alcatel ou Vodafone, y sont par exemple présents. Du côté des entreprises françaises, Orange a installé en Egypte un centre dédié à son service clients pour les entreprises. "La situation est d'autant plus problématique qu'un autre centre important, situé en Inde, a été touché par un tremblement de terre il y a peu. Mais c'est une conséquence prévisible de la mondialisation : lorsque les entreprises délocalisent à l'étranger, cela se fait aussi tôt ou tard aux dépens de la qualité du service", juge Sébastien Crozier, responsable syndical CFE-CGC UNSA chez Orange.

Si l'Egypte reste encore loin de l'Inde, qui détient 60 % du marché des centres d'appel anglophones, le gouvernement égyptien avait noué des liens avec le géant asiatique, avec un programme de délocalisation vers l'Egypte de certains services assurés en Inde.

Ironiquement, la "stabilité politique" – un euphémisme désignant parfois les régimes autoritaires dans les rapports officiels – vantée par le département du commerce américain est donc à l'origine d'importants dysfonctionnements pour les entreprises qui ont externalisé des services en Egypte. En Tunisie, où de nombreuses entreprises françaises ont installé des centres d'appel, le fonctionnement normal a globalement repris, mais l'avenir des entreprises et de leurs salariés reste très incertain.

Le Monde.fr